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Pérégrination d’un apprenti gilet-jaune, épisode 6 : récit du 1er mai 2019.
Article publié le 3 octobre 2021

Jeudi 2 mai. Les cortèges syndicaux ont été complètement dépassés. De manière général, mon syndicat a pris cher. De la part des manifestant.e.s ("collabos") et des FDO (le service d’ordre de la CGT a été chargé1). Aujourd’hui, tout le monde a été gazé. Par Han Ho Nim.

Le texte mis en page et en PDF, ici :

Pérégrination d’un apprenti gilet-jaune, épisode 6 : récit du 1er mai 2019.

Jeudi 2 mai.

Les cortèges syndicaux ont été complètement dépassés. De manière général, mon syndicat a pris cher. De la part des manifestant.e.s ("collabos") et des FDO (le service d’ordre de la CGT a été chargé1). Aujourd’hui, tout le monde a été gazé.

Je suis convaincu que les forces de l’ordre sont des outils au service du capitalisme et de l’État. Cette conviction est ancienne.

Une fois cela dit et si l’on est opposé au capitalisme, se dressent trois options :
- je fais le révolutionnaire de salon, me contentant de pester le cul vissé devant BFM
- je fais le black bloc, à savoir que je me couvre (les tags et le comité invisible disent que "la démocratie se vit masqué") et vais à l’affrontement
- je fais ce que je fais actuellement. Je reste en manifestation, dans le cortège de tête et essaie de discuter et d’éveiller les consciences de celles et ceux qui servent d’obstacle, quand c’est possible (je n’ai pas pu le faire depuis le 16 mars). Vous pouvez trouver mon message absurde, violent, dégueulasse, naïf, insincère... ou que sais-je, j’en suis là et c’est pour l’heure comme ça.

Petites anecdotes sur la manifestation d’hier :
- Lorsque les canons à eau et les lacrymos ont soudainement (c’était soudain quand vous ne voyez pas grand chose) été utilisés sur le boulevard de l’Hôpital, s’en est suivie une période très confuse de deux minutes.
Dans la précipitation, j’ai perdu mes proches. J’ai vu un type en porter un autre sur son dos qui semble-t-il avait mal à la patte (j’en ignore la raison) et fuir, les gens se fonçaient les un-es dans les autres, paniqué-es et aveuglé-es par les gaz qui accompagnaient l’usage des canons à eau.

- Suite à cette charge, nous nous sommes retrouvés avec mes proches, et réfugié-es dans la rue René ¨Panhard , reliée au boulevard Saint Marcel2. Il était enfumé, des affrontements se déroulaient au niveau de la rue de l’Essai, en plein milieu du cortège. Par dessus les bâtiments, des gaz lacrymos nous ont été envoyés. Je perds de nouveau mes proches dans la confusion. Je retourne boulevard de l’Hôpital. En remontant, je vois un journaliste prostré (il vient de renifler de près les lacrymos), accompagné d’un malabar qui essaie de le protéger et de le rassurer. Il bosse pour France TV.

- De retour sur le boulevard de l’hôpital, je me fais fouiller par une compagnie de « BRAV » (« brigade de répression de l’action violente »). Je n’ai rien, enfin si, mon masque FFP3 (qu’ils m’ont laissé) et du sérum (qu’ils n’ont pas trouvé, puisque dans ma poche). Les « BRAVS » chargent au croisement du boulevard Saint Marcel (une banque était attaquée me semble-t-il). En chemin, un type sans masque, sans gilet, en panique et qui essaie de quitter le point d’affrontement se fait laver à la gazeuse par un bleu. Gratuitement. Je vois ensuite deux flics en civil qui traînent sur le sol un autre type, à 15 mètres de moi. Une vingtaine de manifestant-es arrivent (peut être plus), j’en vois un qui fonce et décoche une droite au flic avant de se barrer. Les flics finissent par relâcher le type face à la pression de la foule.

- Suite à l’attaque d’un monoprix (en face de l’hosto justement) par une personne encagoulée, les bleu.e.s ont chargé. Logique. J’étais devant l’hosto, avec beaucoup d’autres manifestant.e.s, donc à l’opposé de la casse. Il n’y avait rien de notre côté. Et pourtant, lacrymos et tirs de flashball en notre direction. Une femme âgée était recroquevillée sur elle-même, paniquée et en pleurs. Elle n’avait pas la "chance" d’avoir un masque FFP3 pour maintenir une respiration supportable (j’ai eu quand même les poumons qui brûlaient malgré cette « protection »). Je m’étais réfugié derrière un arbre en attendant l’arrêt des tirs. A plusieurs on s’est porté au secours de la dame, en lui donnant du sérum (c’est interdit d’en avoir parait-il) pour se laver les yeux, en lui conseillant de ne pas mettre d’eau sur son visage (ça brûle) et en la rassurant. Je lui explique qu’après six mois, j’en viens désormais à considérer les black blocs comme des allié.e.s qui se trompent de stratégie, et non plus comme des ennemi.e.s (les "fachos de gauche", c’est comme cela que je les nommais l’an dernier). Elle me répond : "ce sont nos allié-es", sans l’ombre d’un doute. Elle n’avait pourtant pas l’air bien méchante. Et les gens autour de moi ne désapprouvaient pas, bien au contraire (et aucun n’était équipé pour aller à l’affrontement).

Cela donne un peu un ordre d’idée de ce à quoi ressemble de plus en plus les manifestations, y compris syndicales.

Je pense que les outils et les consciences sont prêt.e.s pour l’avènement d’une démocrature dans notre pays. Que ce soit Macron, un substitut trouvé par la haute bourgeoisie ou Le Pen, je pense qu’on y vient.

Par Han Ho Nim.