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Chronique de l’école bienveillante, par le camarade V.D
Article publié le 12 janvier 2021

Cinquante années se sont passées depuis la parution du livre de Fernand Oury et Jacques Pain, « Chronique de l’école-caserne1 ». Ils repéraient les détails où pouvait se cacher le diable dans les écoles de France. Le caractère performatif des termes choisis ne laissait aucun doute sur leur interprétation. Tout en décrivant « l’état » de la France de cette époque, les auteurs laissaient néanmoins passer au travers des mailles un rayon de lumière : il devenait alors possible de faire différemment en s’inspirant des pratiques de l’éducation nouvelle pour penser l’éducation, l’enfance, la transmission des savoir. De transformer l’école pour transformer la société. Nous pourrions envisager le passage de « l’école-caserne » à « l’école bienveillante » comme un chemin parcouru en 50 ans qui aurait fait évoluer les pratiques éducatives vers une plus grande émancipation individuelle et collective : des enfants jusqu’aux professionnel·les.

Mais qu’en est-il vraiment ? « La bienveillance » est écrite désormais dans les textes. (Était-ce nécessaire ?) « Les beaux mots font illusion, masquage d’une réalité institutionnelle soumise aux impératifs de la concurrence, de la performance et de la rentabilité2 ».Cette bienveillance s’accompagne d’un flot d’autres « beaux mots » : management pédagogique, process, pratiques innovantes voire même « ludification pédagogique » (sic). Tout un vocabulaire qui technicise la transmission des savoirs, contrecarre « petit à petit » la relation éducative, qui balaye le « hors norme », l’imprévu, la vie. Qui transforme « la caserne » en « service », l’enseignant·e en « opérateur ». Faisant fi de toutes ces choses « impalpables » non évaluables qui se jouent dans l’école et dans la classe3.

Dans cette école là ...« On ne pense plus Monsieur », on suit des consignes. Bientôt, même la méthode de lecture sera unique et pour tout le monde. On utilisera les mêmes moyens d’évaluation partout jusqu’en maternelle. On établira des normes pour réussir et justifier leur intérêt et leur réussite... Dans cette école là, on s’y sent aussi méprisé·e et infantilisé·e. Une fois entré·e dans ces murs, une chape de plomb nous tombe sur les épaules et on se retrouve « cuculisé·e »4 comme le personnage de Gombrowicz. Une sorte de« présence fantomatique » adulte et omniprésente nous espionne , nous surveille et nous conditionne en menaçant notre petit « cucul ». Jusqu’à nous surveiller nous-mêmes et entre nous. Pétrifiés, voire réifiés par un « surmoi »quasi institutionnel où la peur du bâton, du « qu’en dira-t-on » nous obligent à agir sans frasque et sans vie, mais dans la norme. Avec le risque de ne plus être capable de penser l’émancipation individuelle et collective comme un champs de tous les possibles5...

Intégralité du texte à lire en PJ :